
Il y a de ces albums qui s’apprivoisent, se laissent dompter. Se dévoilent peu à peu au fil des écoutes. Et finissent inlassablement pour nous conquérir, note après note, chanson après chanson. Et puis il y a l’inverse : ces albums qui semblent être destinés à être découvert à cet endroit, à ce moment précis. Ceux qui sonnent comme une évidence. Comme le deuxième album, éponyme, de King Tuff.
Une pochette incroyable qui attire l’attention (un démon chauve-souris tenant une guitare et une baguette magique sur fond rose) et un son parfaitement calibré pour l’été fait de King Tuff le disque idéal pour régner sur la saison estivale. Mais pas seulement.
Casquette quasiment toujours vissée sur sa longue chevelure, Kyle Thomas, sorte d’antihéros underground, multiplie les projets : il est ainsi membre du groupe lo-fi Happy Birthday (auteurs du fantastique tube “Girls FM”), de celui d’avant-folk Feathers ou encore de Witch, formation stoner metal incluant notamment un certain J. Mascis (Dinosaur Jr.) à la batterie. Quatre ans après un premier essai pur garage en tant que King Tuff, Kyle s’est adjoint les services d’une grande figure de Detroit à la production : Bobby Harlow, tête pensante des indispensables The Go (dont l’annonce d’un album est une des meilleures nouvelles de l’année, soit dit en passant) et de Conspiracy of Owls.
Un rencontre de rêve qui accouche d’un album remarquable, véritable pourvoyeur de tubes. Ne se contentant pas comme à ses débuts d’un garage rock à la Ramones, le kid de Vermont montre toute l’étendue de sa palette : un Bad Thing au son jouissif presque powerpop, un Loser’s Wall aux riffs stonien ou un Baby Just Break au relent de Bob Dylan. Mais là où King Tuff impressionne le plus, c’est lorsque qu’il ralentit le tempo, éclaircit le son et s’éloigne quelque peu de sa voix nasillarde. Le glam classieux de Swamp of Love, que l’on croirait tout droit sorti d’un disque de T.Rex, ou la ballade au synthé Unusual World en sont le meilleur exemple.
Une dernière chanson au titre magnifiquement bien choisi - « Hit & Run », irrésistible single – aura fini de convaincre n’importe quel sceptique : King Tuff est un album fait pour durer. La preuve, il accompagne chacune de mes matinées depuis sa sortie, il y a bientôt deux mois. Et je ne suis pas prêt de m’en lasser.
-
rocknrollvictim posted this