Shadows of Knight - Gloria

“Les Stones, les Animals et les Yarbirds se sont emparés du blues de Chicago et en ont fait une interprétation anglaise. On a repris cette version anglaise du blues et on y a rajouté une touche du style de Chicago.”
C’est ainsi que se décrivent avec justesse les Shadows of Knight. Formé en 1964 sous le nom de The Shadows, les six compères de la Windy City ont changé de nom après avoir remarqué qu’ils s’étaient gentiment fait griller la priorité par des Anglais à lunette. Mené par le chanteur Jim Sohns, le groupe est composé de musiciens de scène endurcis, habitués à enflammer le club du Cellar à Arlington Heights dont ils sont les hôtes pendant plus de six mois lors de l’année 1965. Une prestation remarquée en première partie des Byrds leur vaudra l’attention du label Dunwich Records, chez qui ils sortiront leur premier single : une reprise du tube “Gloria” des Them de Van Morrison. Afin d’éviter la censure qu’a connu l’interprétation originale, les paroles sont légèrement remaniées (“she comes to my room, just about midnight ” devient “she comes around here, just about midnight”). Enregistré dans l’urgence, le titre se place à la dixième place des charts nationaux.
Leur premier album voit le jour en 1966, porté par le single éponyme. Comme il est de coutume à l’époque, l’album est majoritairement composé de reprises. Mais contrairement aux concurrents, les Shadows of Knight s’approprient entièrement chaque morceau. Démarrant pied au plancher et porté par une énérgie débordante, à aucun moment le disque ne flanche. Avec un blues enragé et sauvagerie rock’n’roll, les Shadows of Knight marqueront indéniablement toute une génération de groupes garage. Le classique “I Got My Mojo Working” est ainsi pulvérisé, le “Oh Yeah” de Bo Diddley atomisé à coup de guitare fuzz. On retrouve par ailleurs ce dernier sur la cultissime compilation Nuggets.
Les Américains présentent également quelques titres originaux “Lightbulb Blues”, “Dark Side” et “It Always Happens That Way”, avant de clôturer la galette de trois reprises de tubes signés Willie Dixon (l’excellente “You Can’t Judge A Book By The Cover”, “Hoochie Coochie Man” et “I Just Want To Make Love To You”). Le tempo est rapide, l’énergie débordante. On imagine très bien les adolescents de Chicago danser dans une salle du Cellar pleine à craquer.
On ne peut parler de Gloria sans évoquer le deuxième album du groupe, Back Door Men, sorti la même année. Véritable précurseur du mouvement psychédélique, le disque est soutenu par de pures pépites garage tels que “Bad Little Woman”, “Gospel Zone” ou encore “I’m Gonna Make You Mine”. A ne passer à côté sous aucun prétexte.
